ISO/IEC 17025

Audit interne ISO 17025 : la grille de questions par chapitre, les modèles de plan et de rapport, et les écarts les plus fréquents

Publié le 10 février 2020
25 min de lecture
Par Laurence
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Le jour de l’audit interne, personne ne vous demande de réciter la norme. On vous demande d’ouvrir des preuves. Et la plupart des laboratoires arrivent avec un audit interne ISO 17025 bricolé la semaine d’avant, sans grille, sans plan formalisé, sans rapport exploitable. Résultat : l’évaluateur du COFRAC, du BELAC ou de la SAS relève en surveillance ce que l’audit interne aurait dû voir trois mois plus tôt.

Le constat est simple. L’audit interne est une exigence stricte de la clause 8.8 de l’ISO/IEC 17025:2017. Pas une formalité, pas un exercice de style. C’est l’outil par lequel le laboratoire vérifie lui-même que son système de management est conforme et effectivement mis en oeuvre, avant qu’un tiers ne le fasse. Mal conduit, il devient le premier écart relevé sur site.

Cet article livre ce que les organismes de formation facturent en stage : une grille de questions par chapitre alignée sur les clauses 4 à 8, un modèle de plan d’audit, une trame de rapport, et le top des écarts les plus fréquents avec leur clause et l’action corrective attendue. Chaque question renvoie à une exigence réelle de la norme, vérifiée clause par clause. Pas de cas inventé. Des constats terrain.

Ce que la clause 8.8 exige vraiment

La clause 8.8 tient en deux paragraphes. C’est court, et c’est précisément pour cela qu’elle est mal lue. Le laboratoire doit conduire des audits internes à des intervalles planifiés pour fournir l’information sur deux points : le système de management est conforme aux exigences propres du laboratoire et à celles de la norme, et il est effectivement mis en oeuvre et maintenu. L’audit interne ne vérifie donc pas seulement la documentation. Il vérifie que ce qui est écrit est réellement appliqué sur la paillasse.

Un programme, pas un audit isolé

La clause 8.8.2 a) impose de planifier, établir, mettre en oeuvre et maintenir un programme d’audit qui comprend la fréquence, les méthodes, les responsabilités, les exigences de planification et le compte rendu. Ce programme doit tenir compte de l’importance des activités concernées, des changements affectant le laboratoire et des résultats des audits précédents. La norme ne fixe aucune fréquence chiffrée. Elle exige une fréquence justifiée par le risque. Auditer une fois par an, partout, sans hiérarchiser, n’est pas conforme à l’esprit de 8.8.2 a). Un poste critique se voit plus souvent qu’une activité support stable.

La clause 8.8.2 b) ajoute une obligation que beaucoup oublient : définir les critères et le périmètre de chaque audit. Un audit sans critère écrit ni périmètre délimité n’est pas auditable lui-même. C’est l’erreur classique du rapport qui constate des observations sans préciser contre quoi le laboratoire a été évalué.

L’erreur classique

Le programme d’audit existe. Il prévoit un audit annuel global. Mais aucun lien avec les résultats des audits précédents, aucune trace que l’importance des activités a été prise en compte. L’évaluateur lit 8.8.2 a). Il demande la justification de la fréquence. Le laboratoire n’en a pas. Écart.

Indépendance de l’auditeur et renvoi à l’ISO 19011

La clause 8.8 elle-même n’emploie pas le mot indépendance, mais la note finale renvoie explicitement à l’ISO 19011 comme guide pour les audits internes. Ce renvoi n’est pas décoratif : c’est de l’ISO 19011 que vient le principe selon lequel un auditeur ne doit pas auditer son propre travail. Dans un petit laboratoire de cinq personnes, c’est le point le plus difficile à tenir. Le responsable qualité audite la métrologie qu’il a lui-même mise en place. L’objectivité des constats tombe, et l’évaluateur le voit immédiatement. La parade tient en une ligne : croiser les auditeurs entre activités, ou faire appel à un auditeur externe ponctuel pour les domaines où l’indépendance interne est impossible.

Ne pas confondre les trois audits

Trois exercices différents portent le nom d’audit, et les confondre coûte cher. L’audit interne de la clause 8.8 est conduit par le laboratoire, sur lui-même, à intervalles planifiés. L’audit à blanc est un audit interne renforcé, souvent confié à un consultant, qui simule les conditions de l’évaluation. L’évaluation d’accréditation est conduite par l’organisme d’accréditation (COFRAC, BELAC, SAS, SCC) lors de l’initiale puis des surveillances. Les deux premiers relèvent de la responsabilité du laboratoire au titre de 8.8. Le troisième est externe et conditionne le maintien de l’accréditation. L’audit interne bien fait est ce qui empêche le troisième de mal se passer.

Le programme et le plan d’audit : le modèle à copier

Deux documents, pas un seul. Le programme d’audit couvre le cycle, en général l’année ou le cycle d’accréditation. Le plan d’audit couvre une séance précise. La clause 8.8.2 a) parle du programme. Le plan, lui, est l’outil qui rend chaque audit traçable et répétable. L’évaluateur demande les deux. Les sortir séparément évite la confusion la plus fréquente en surveillance.

Le programme d’audit : ce qu’il doit contenir

La norme énumère les composantes obligatoires : fréquence, méthodes, responsabilités, exigences de planification et compte rendu. À cela s’ajoute la pondération par le risque exigée par 8.8.2 a). Un programme conforme couvre l’ensemble des chapitres 4 à 8 sur le cycle, mais ne les traite pas à la même cadence. Les processus à fort impact sur la validité des résultats reviennent plus souvent. Les résultats des audits précédents doivent visiblement nourrir le programme suivant, sinon la pondération par le risque n’est qu’une déclaration d’intention.

  • Périmètre annuel : tous les chapitres 4 à 8 couverts sur le cycle, avec mention des activités techniques par domaine de portée.
  • Fréquence justifiée : cadence par processus, motivée par l’importance et les écarts antérieurs (et non un audit unique annuel uniforme).
  • Responsabilités : qui pilote le programme, qui audite quoi, et la règle d’indépendance retenue.
  • Méthodes : entretien, observation sur paillasse, revue d’enregistrements, ré-exécution d’un calcul.
  • Compte rendu : forme du rapport, destinataire, délai de diffusion.

Le plan d’audit : trame prête à l’emploi

Le plan se rédige avant chaque séance et se transmet à l’audité. Il fixe les critères (la norme, les procédures internes, les documents d’accréditation applicables), le périmètre exact, les horaires et les personnes sollicitées. C’est l’application directe de 8.8.2 b). Voici la trame minimale.

Rubrique du plan Contenu attendu
Objectif Vérifier la conformité et la mise en oeuvre effective des processus du périmètre (8.8.1).
Critères ISO/IEC 17025:2017, procédures internes citées, documents de l’organisme d’accréditation applicables.
Périmètre Chapitres et clauses ciblés, activités techniques et lieux concernés, période couverte.
Auditeur(s) Nom, et confirmation qu’il n’audite pas son propre travail.
Planning Réunion d’ouverture, créneaux par processus et par personne, réunion de clôture.
Méthodes Entretiens, observation, échantillonnage d’enregistrements, vérification de traçabilité.
Documents à préparer Procédures, enregistrements techniques, certificats d’étalonnage, rapports émis sur la période.

À retenir

Un programme sans pondération par le risque et un plan sans critères écrits sont les deux failles les plus simples à relever. Elles ne demandent même pas d’aller sur la paillasse. L’évaluateur les voit dès la lecture documentaire.

La grille de questions par chapitre

Voici la pièce maîtresse. Une grille de questions par chapitre, alignée sur les clauses 4 à 8 de l’ISO/IEC 17025:2017. Chaque ligne porte la clause, la question que pose l’auditeur, et la preuve qu’il s’attend à voir ouverte. La règle de l’auditeur compétent tient en deux principes hérités de l’ISO 19011 : poser des questions ouvertes, puis demander la preuve. Une réponse orale sans enregistrement à l’appui n’est pas une preuve d’audit.

Chapitres 4 et 5 : impartialité, confidentialité, structure

Clause Question posée Preuve attendue
4.1 Comment identifiez-vous les risques pesant sur votre impartialité, et comment les traitez-vous ? Analyse des risques d’impartialité, à jour, avec mesures de réduction documentées.
4.2 Quels engagements de confidentialité couvrent le personnel et les sous-traitants ? Engagements signés, y compris pour les intervenants externes et membres de comités.
5.3 La gamme d’activités pour laquelle vous revendiquez la conformité est-elle définie et documentée ? Périmètre documenté, cohérent avec la portée d’accréditation revendiquée.
5.5 Les responsabilités et autorités du personnel affectant les résultats sont-elles spécifiées ? Organigramme, fiches de fonction, définition des interrelations.

Chapitre 6 : ressources, équipement, traçabilité

Clause Question posée Preuve attendue
6.2.5 Comment déterminez-vous, autorisez-vous et surveillez-vous la compétence de chaque fonction ? Exigences de compétence documentées, dossiers de formation, autorisations, suivi de compétence.
6.4.6 Quels équipements sont étalonnés, et selon quel programme ? Programme d’étalonnage, certificats à jour, critères d’acceptation, dates d’échéance.
6.4.13 Les enregistrements de chaque équipement sont-ils complets et tenus à jour ? Fiche de vie : identification, étalonnages, maintenances, anomalies, localisation.
6.5.1 Comment démontrez-vous la traçabilité métrologique de vos résultats ? Chaîne ininterrompue d’étalonnages reliée à une référence appropriée, contribuant à l’incertitude.

Chapitre 7 : méthodes, incertitude, validité, rapports

Clause Question posée Preuve attendue
7.2.1.5 Comment vérifiez-vous que vous savez exécuter une méthode avant de l’introduire ? Enregistrements de vérification des méthodes, démontrant les performances requises.
7.2.2.1 Vos méthodes non normalisées ou modifiées sont-elles validées ? Dossier de validation : procédure, performances déterminées, déclaration d’aptitude à l’usage.
7.6.3 Comment évaluez-vous l’incertitude de mesure de vos essais ? Budget d’incertitude par méthode, ou estimation justifiée si l’évaluation rigoureuse est impossible.
7.7.1 Quelle procédure surveille la validité de vos résultats, et où sont les données ? Cartes de contrôle, comparaisons interlaboratoires, données permettant de détecter les tendances.
7.8.6.1 Quand vous déclarez la conformité, quelle règle de décision appliquez-vous, et est-elle documentée ? Règle de décision documentée, prenant en compte le niveau de risque, et effectivement appliquée.

La ligne 7.8.6.1 est celle qui piège le plus de laboratoires. La clause exige de documenter la règle de décision employée, en tenant compte du niveau de risque, puis de l’appliquer. En audit interne, vérifiez non seulement qu’une règle existe, mais qu’elle figure bien dans les rapports émis et qu’elle correspond à ce qui a été convenu avec le client. Pour cadrer ce point délicat, notre guide de la règle de décision et de la déclaration de conformité détaille comment la choisir, la calculer et la rédiger sans se mettre en risque.

Chapitre 8 : système de management

Clause Question posée Preuve attendue
8.5 Comment traitez-vous les risques et opportunités liés à vos activités ? Actions face aux risques et opportunités, intégrées au système de management.
8.7.3 Où sont les enregistrements de vos non-conformités et des actions correctives ? Registre des non-conformités : nature, causes, actions prises, résultats.
8.8.2 Montrez-moi votre programme d’audit interne et les rapports des derniers audits. Programme, plans, rapports, et preuve des corrections mises en oeuvre sans délai indu.
8.9.2 Vos revues de direction couvrent-elles les entrées exigées, dont les résultats d’audit ? Compte rendu de revue de direction reprenant les entrées listées en 8.9.2, dont les audits internes.

Cette grille n’est pas exhaustive : chaque chapitre porte d’autres clauses. Mais ces lignes couvrent les exigences qui concentrent le plus de constats. Pour la liste complète des exigences chapitre par chapitre, le pilier sur les exigences de l’ISO 17025 détaille chaque clause et la preuve associée.

Le déroulement : ouverture, terrain, clôture, rapport

La clause 8.8 ne décrit pas comment conduire la séance. Pour cela, elle renvoie à l’ISO 19011, qui structure tout audit en quatre temps. Le respecter rend l’audit interne crédible et le rapport exploitable. Un audit sans réunion d’ouverture ni clôture formalisée ressemble à une visite de courtoisie. L’évaluateur d’accréditation, lui, attend une démarche structurée.

La réunion d’ouverture

Cinq minutes suffisent, mais elles sont obligatoires. L’auditeur rappelle l’objectif, les critères, le périmètre et le planning. Il confirme la disponibilité des personnes et des enregistrements. Cette réunion fixe le cadre et évite le malentendu où l’audité croit qu’on évalue son travail personnel plutôt que la conformité du processus. L’audit porte sur le système, pas sur les personnes. Le dire dès l’ouverture désamorce la défensive.

L’audit terrain : méthodes et échantillonnage

C’est le coeur de l’audit. L’auditeur applique les méthodes annoncées : entretien, observation directe sur la paillasse, revue d’enregistrements, et parfois ré-exécution d’un calcul ou lecture d’un certificat d’étalonnage. Le principe d’échantillonnage hérité de l’ISO 19011 s’applique : on ne contrôle pas tout, on prélève un échantillon représentatif d’enregistrements et on remonte la traçabilité. Une bonne technique consiste à partir d’un rapport émis et à remonter toute la chaîne : méthode utilisée, équipement, étalonnage, compétence de l’opérateur, incertitude déclarée. Un seul rapport bien remonté révèle plus d’écarts qu’une revue documentaire de surface.

Cas observé

L’auditeur interne part d’un rapport d’essai signé. Il remonte à l’équipement utilisé, demande le certificat d’étalonnage, et constate que l’échéance est dépassée de deux mois. Le rapport a donc été émis avec un équipement hors statut d’étalonnage. L’écart relève de 6.4.6, et de 6.4.8 sur le statut d’étalonnage, et touche directement la validité des résultats. Repéré en interne, il se corrige. Repéré en surveillance, il fragilise la portée concernée.

La réunion de clôture et le rapport

La clôture présente les constats à chaud, classés par niveau. Le rapport les formalise. La clause 8.8.2 c) exige que les résultats soient rapportés à la direction concernée, et 8.8.2 e) impose de conserver le rapport comme preuve. Un constat n’est exploitable que s’il est factuel et rattaché à une clause : la preuve observée, la clause concernée, le niveau. Voici la trame de rapport minimale.

Rubrique du rapport Contenu
Identification Date, périmètre, critères, auditeur(s), audité(s).
Constats Chaque constat : preuve observée, clause concernée, niveau (non-conformité ou observation).
Points conformes Synthèse de ce qui est maîtrisé, utile en revue de direction.
Conclusion Appréciation globale de la conformité et de la mise en oeuvre effective (8.8.1).
Suites Renvoi vers le traitement des non-conformités, délais, responsables.

Le rapport ne s’arrête pas au constat. La clause 8.8.2 d) impose de mettre en oeuvre la correction et l’action corrective sans délai indu. Un rapport qui liste des écarts sans qu’aucune suite ne soit ouverte est lui-même un écart sur 8.8.2 d). Le traitement de la non-conformité, traité plus loin, est la suite logique.

Les écarts les plus fréquents par chapitre

Les écarts ne sont pas répartis au hasard sur les chapitres. Certains reviennent audit après audit. Le tableau ci-dessous rassemble les constats les plus récurrents, rattachés à leur clause, avec le niveau habituellement retenu et l’action corrective attendue. Le niveau dépend toujours de l’impact sur la validité des résultats : un même type d’écart peut être mineur ou majeur selon ce qu’il met en cause.

Majeur ou mineur : la ligne de partage

La norme ne définit pas elle-même ces niveaux : ce sont les organismes d’accréditation qui les fixent. Mais la logique de partage est généralement la même. Une non-conformité majeure remet en cause la validité des résultats, ou correspond à la défaillance d’une exigence entière : absence totale de traçabilité métrologique, incertitude jamais évaluée, méthode non validée utilisée en routine. Une non-conformité mineure est un défaut ponctuel et maîtrisable : un enregistrement isolé manquant, une procédure non à jour. L’observation ne contredit pas une exigence mais signale un risque. Ce qui touche la validité du résultat est presque toujours majeur.

Clause Écart fréquent Niveau Action corrective type
6.5.1 Chaîne de raccordement non démontrée ou incomplète pour un équipement critique. Majeur Reconstituer la chaîne d’étalonnage reliée à une référence appropriée, vérifier l’impact sur les résultats émis.
7.6 Incertitude de mesure non évaluée, ou budget d’incertitude absent pour une méthode. Majeur Établir le budget d’incertitude par méthode en identifiant toutes les contributions significatives.
7.2.2.1 Méthode non normalisée ou modifiée utilisée sans validation documentée. Majeur Conduire la validation, déterminer les performances, rédiger la déclaration d’aptitude à l’usage.
7.8.6.1 Déclaration de conformité émise sans règle de décision documentée. Majeur Définir et documenter la règle de décision avec le niveau de risque, l’appliquer et la reporter.
6.4.13 Fiche de vie d’un équipement incomplète : étalonnage ou maintenance non tracé. Mineur Compléter les enregistrements et fiabiliser le processus de tenue à jour.
6.2.5 Autorisation ou suivi de compétence d’un opérateur non enregistré. Mineur Formaliser l’autorisation et le suivi de compétence pour chaque fonction concernée.
7.7 Surveillance de la validité des résultats planifiée mais non analysée pour détecter les tendances. Mineur Exploiter les données de contrôle qualité et tracer la revue des tendances.
8.7 Action corrective limitée à la correction, sans analyse de cause. Mineur Ajouter l’analyse de cause et la vérification d’efficacité au processus d’action corrective.
8.8.2 Programme d’audit non pondéré par le risque, ou audit sans critères définis. Mineur Reconstruire le programme par le risque et formaliser critères et périmètre par audit.
4.1 Analyse des risques d’impartialité absente ou jamais mise à jour. Mineur Réaliser ou actualiser l’analyse et documenter les mesures de réduction.

Le piège

Le chapitre 7 concentre les majeures parce qu’il touche directement la validité des résultats : traçabilité, incertitude, validation des méthodes, règle de décision. Beaucoup de laboratoires soignent le système documentaire du chapitre 8 et négligent ces preuves techniques. L’évaluateur fait l’inverse : il va d’abord sur la paillasse.

Traiter un écart : correction, cause, action corrective

Un écart relevé en audit interne déclenche la clause 8.7. C’est là que la plupart des laboratoires confondent deux choses. La correction traite le symptôme. L’action corrective traite la cause pour que l’écart ne se reproduise pas. Confondre les deux est en soi l’un des écarts les plus fréquents sur le chapitre 8.

Les étapes imposées par 8.7.1

La clause 8.7.1 décrit une séquence précise. Elle ne se résume pas à corriger et passer à autre chose.

  • Réagir à la non-conformité : la maîtriser, la corriger, traiter ses conséquences.
  • Évaluer le besoin d’agir sur la cause : examiner la non-conformité, en déterminer les causes, vérifier si des non-conformités similaires existent ou pourraient survenir.
  • Mettre en oeuvre toute action nécessaire.
  • Revoir l’efficacité de l’action corrective engagée.
  • Mettre à jour les risques et opportunités, et modifier le système de management si nécessaire.

La clause 8.7.2 ajoute que les actions correctives doivent être appropriées aux effets des non-conformités rencontrées. On ne déploie pas une refonte de procédure pour un enregistrement isolé manquant. À l’inverse, une cause systémique appelle une action de fond, pas un simple rattrapage.

L’analyse de cause, le point qui manque le plus souvent

Déterminer la cause est exigé par 8.7.1 b). En pratique, deux outils suffisent : les cinq pourquoi pour remonter d’un effet à sa cause racine, et le diagramme cause-effet pour les écarts à causes multiples. Une action corrective sans analyse de cause documentée n’est qu’une correction déguisée. L’évaluateur le repère en lisant la fiche : si la cause notée est la reformulation du constat, l’analyse n’a pas eu lieu.

À retenir

La clause 8.7.3 impose de conserver les enregistrements : nature des non-conformités, causes, actions prises, et résultats des actions correctives. Une fiche d’écart sans trace de la vérification d’efficacité est incomplète au regard de 8.7.1 d) et 8.7.3.

La boucle se ferme en revue de direction

Les résultats des audits internes et l’état des actions correctives sont des entrées obligatoires de la revue de direction, listées en 8.9.2. L’audit interne n’est donc pas un acte isolé : il alimente la décision de la direction. Un audit interne dont les constats ne remontent jamais en revue de direction casse la boucle d’amélioration. C’est cette continuité, du programme d’audit jusqu’à la revue de direction, que l’évaluateur cherche à retracer. Tout ce qui figure dans cet article s’inscrit dans la démarche d’accréditation décrite dans notre guide des étapes d’accréditation ISO 17025.

Questions fréquentes

À quelle fréquence faut-il réaliser un audit interne ISO 17025 ?
La clause 8.8 n’impose aucune fréquence chiffrée. Elle exige des intervalles planifiés et un programme qui tient compte de l’importance des activités, des changements et des résultats des audits précédents. En pratique, l’ensemble des chapitres 4 à 8 doit être couvert sur le cycle, les processus à fort impact sur la validité des résultats revenant plus souvent. Une cadence uniforme non justifiée par le risque est un écart sur 8.8.2 a).
Qui peut réaliser l’audit interne dans un petit laboratoire ?
Toute personne compétente, à condition qu’elle n’audite pas son propre travail. Ce principe d’indépendance vient de l’ISO 19011, vers laquelle la clause 8.8 renvoie. Dans un laboratoire de quelques personnes, la parade consiste à croiser les auditeurs entre activités, ou à faire appel à un auditeur externe ponctuel pour les domaines où l’indépendance interne est impossible à garantir.
Quelle différence entre une non-conformité majeure et mineure ?
La norme ne définit pas ces niveaux : ce sont les organismes d’accréditation qui les fixent. La logique habituelle est constante. Une non-conformité majeure remet en cause la validité des résultats ou fait défaillir une exigence entière, par exemple une traçabilité métrologique non démontrée ou une incertitude jamais évaluée. Une non-conformité mineure est un défaut ponctuel et maîtrisable, comme un enregistrement isolé manquant.
Quelle est la différence entre correction et action corrective ?
La correction traite le symptôme immédiat, par exemple refaire l’essai concerné. L’action corrective, exigée par 8.7.1 b), traite la cause pour que l’écart ne se reproduise pas. Une fiche d’écart qui s’arrête à la correction, sans analyse de cause ni vérification d’efficacité, est incomplète au regard de 8.7.1 d) et 8.7.3.
L’audit à blanc est-il obligatoire ?
Non. La norme n’exige que l’audit interne de la clause 8.8. L’audit à blanc est une pratique facultative, souvent confiée à un consultant, qui simule les conditions de l’évaluation d’accréditation avant l’échéance. Il est utile pour une première accréditation ou après un changement majeur, mais il ne remplace pas le programme d’audit interne exigé par 8.8.2.
Faut-il documenter la règle de décision pour passer l’audit ?
Oui, dès qu’une déclaration de conformité est fournie. La clause 7.8.6.1 impose de documenter la règle de décision en tenant compte du niveau de risque, puis de l’appliquer. En audit interne, vérifiez que la règle existe, qu’elle figure dans les rapports émis et qu’elle correspond à l’accord client. Notre guide de la règle de décision détaille la méthode de choix et de calcul.

Votre audit interne couvre-t-il vraiment la clause 8.8 ?

Avant votre prochaine surveillance, vérifiez que votre dispositif d’audit interne tient sur les points que l’évaluateur regarde en premier. Cochez ce qui est en place. Chaque case non cochée pointe une exigence de la clause 8.8 ou de son traitement à consolider.

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Disclaimer : cet outil est conçu comme un support d’aide à la décision, et non comme un substitut à un accompagnement personnalisé. Les résultats dépendent de la précision de vos saisies et ne constituent pas un avis professionnel.

Le point le plus souvent vide concerne la règle de décision. Si vous déclarez la conformité à une spécification, la clause 7.8.6.1 impose une règle documentée. Pour la choisir et la formaliser sans vous mettre en risque, ouvrez notre guide de la règle de décision et de la déclaration de conformité, qui propose un assistant de décision pas à pas.

Pour aller plus loin

Construire le programme, les plans et les fiches d’écart à partir d’une page blanche prend du temps. Un système documentaire déjà structuré sur les clauses 4 à 8 vous fait gagner ce travail de fond.

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À propos de l'auteur
Laurence
Consultante qualité certifiée · Management Qualité

Expert systèmes d'accréditation et qualité laboratoire. Ingénieur industriel, Master Management Qualité, spécialisé ISO/IEC 17020, 17025, 17021, 17024, 17065 et ISO 15189. Accompagne organismes d'inspection, laboratoires d'essais et de biologie médicale dans leurs démarches d'accréditation COFRAC.

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