ISO/IEC 17025

Traçabilité métrologique ISO 17025 : de la définition à la preuve d’audit, voie de raccordement par voie de raccordement

Publié le 11 février 2020
31 min de lecture
Par Laurence
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La traçabilité métrologique est le sujet sur lequel un laboratoire accumule le plus de pièces et reçoit pourtant le plus d’écarts en évaluation. Le savoir existe, mais il est éclaté : une page explique la chaîne de raccordement, une autre la lecture d’un certificat, une troisième le cas du laboratoire accrédité indisponible. Au moment de l’audit, l’évaluateur ne juge pas votre culture métrologique : il vérifie que chacun de vos résultats critiques se rattache, par une chaîne documentée, à une référence appropriée, et il vous demande la preuve. La difficulté n’est presque jamais d’avoir raccordé un appareil ; elle est de savoir quelle preuve sortir, pour quel équipement, et par quelle voie.

Cet article reconstitue un parcours unique, spécifique aux laboratoires sous ISO/IEC 17025:2017. Il part de la définition exacte au sens de la clause 6.5.1, identifie, parmi les équipements de la clause 6.4, ceux qui doivent réellement être raccordés, déroule les trois voies de raccordement de la politique COFRAC GEN REF 10 avec la preuve attendue pour chacune, puis traite les deux cas qui font trébucher : la clause 6.5.3, lorsque la traçabilité au Système international d’unités n’est pas techniquement possible, et la métrologie réalisée en interne, qui relève le plus souvent de la troisième voie.

Le fil conducteur est toujours le même : ce que l’évaluateur veut voir, et le document précis qui le lui montre. Aux termes de la norme, la traçabilité n’est pas un principe à réciter mais une chaîne à prouver, maillon par maillon. C’est précisément là que se joue la différence entre un dossier qui passe et un dossier qui génère une non-conformité.

Ce que la traçabilité métrologique exige vraiment au sens de la clause 6.5.1

Avant de choisir une voie de raccordement, il faut savoir précisément ce que la norme demande. Aux termes de la clause 6.5.1, le laboratoire doit établir et maintenir la traçabilité métrologique de ses résultats de mesure au moyen d’une chaîne ininterrompue et documentée d’étalonnages, chacun contribuant à l’incertitude de mesure, reliant ces résultats à une référence appropriée. Cette formulation contient quatre obligations distinctes que l’évaluateur dissocie en audit, et c’est leur cumul, non l’une d’entre elles, qui constitue la conformité.

Les quatre composantes d’une chaîne conforme

La clause impose une chaîne qui est à la fois ininterrompue, documentée, contributive à l’incertitude et reliée à une référence appropriée. Ininterrompue signifie qu’aucun maillon ne manque entre l’instrument de travail et la référence : un thermomètre étalonné par un étalon lui-même non raccordé brise la chaîne. Documentée signifie que chaque maillon est prouvé par un certificat, non par une simple affirmation orale. Contributive à l’incertitude signifie que chaque étalonnage transmet une incertitude qui se cumule le long de la chaîne, point que l’Annexe A développe en précisant que l’incertitude de chaque étape doit être évaluée selon des méthodes convenues. Reliée à une référence appropriée signifie enfin que la cible de la chaîne est définie : le plus souvent le Système international d’unités, mais pas toujours, comme le précise la clause 6.5.3.

Définition normative

La note 1 de la clause 6.5.1 renvoie à l’ISO/IEC Guide 99, le Vocabulaire international de métrologie (VIM), qui définit la traçabilité métrologique comme la propriété d’un résultat de mesure selon laquelle ce résultat peut être relié à une référence par une chaîne ininterrompue et documentée d’étalonnages dont chacun contribue à l’incertitude de mesure. La norme ne réécrit pas la métrologie : elle s’appuie sur le VIM, et c’est ce vocabulaire que l’évaluateur emploie.

Ne pas confondre étalonnage, vérification et raccordement

Trois termes circulent dans les laboratoires comme s’ils étaient interchangeables. Ils ne le sont pas, et la confusion produit des écarts. L’étalonnage est l’opération qui établit la relation entre les indications d’un instrument et des valeurs de référence, avec les incertitudes associées : il produit des chiffres, pas un verdict. La vérification compare ces résultats à des exigences spécifiées pour décider si l’instrument est apte ou non : elle produit un verdict, mais elle suppose un étalonnage en amont. Le raccordement, enfin, est l’acte de relier la chaîne à une référence reconnue ; c’est lui que la clause 6.5 régit. Un instrument peut être vérifié sans être raccordé, et raccordé sans être conforme : la norme exige le raccordement, pas seulement un tampon de vérification.

Le piège

Un certificat portant la seule mention « conforme » ou « apte », sans les résultats de mesure ni les incertitudes associées, ne démontre pas à lui seul la traçabilité. L’Annexe A traite ce cas en A.2.3 : importer des limites de spécification comme source d’incertitude n’est possible qu’à condition d’appliquer une règle de décision appropriée et de traiter ces limites de façon techniquement correcte dans le budget d’incertitude. Sans cela, l’évaluateur considère que la chaîne n’est pas démontrée.

Cette première clarification conditionne tout le reste. Comprendre la traçabilité comme une chaîne à quatre composantes, et la distinguer de la simple vérification, permet d’aborder la question suivante avec rigueur : parmi tous les équipements du laboratoire, lesquels doivent effectivement entrer dans cette chaîne. Pour la lecture transversale des exigences de la norme, l’article Exigences ISO 17025:2017, chapitre par chapitre situe la clause 6.5 dans l’ensemble du référentiel.

Repérer les équipements à raccorder au titre de la clause 6.4

La traçabilité ne s’applique pas indistinctement à tout ce qui mesure dans le laboratoire. La clause 6.4 fixe le critère de tri, et c’est sur ce tri que l’évaluateur commence souvent son raisonnement. Aux termes de la clause 6.4.6, l’équipement de mesure doit être étalonné dans deux cas, reliés par un « et/ou » dans la norme : lorsque l’exactitude ou l’incertitude de mesure affecte la validité des résultats rapportés, et lorsque l’étalonnage est nécessaire pour établir la traçabilité métrologique de ces résultats. Le critère de raccordement n’est donc pas la nature de l’instrument, mais son influence sur la validité du résultat final.

Le critère d’influence sur le résultat

La note de la clause 6.4.6 énumère trois familles d’équipements ayant un effet sur la validité des résultats. D’abord ceux qui mesurent directement le mesurande, comme une balance servant à une pesée. Ensuite ceux qui servent à corriger une valeur mesurée, comme une mesure de température utilisée pour appliquer une correction. Enfin ceux qui interviennent dans un résultat calculé à partir de plusieurs grandeurs. Cette typologie est l’outil de tri le plus direct : un appareil qui n’entre dans aucune de ces familles, et dont l’erreur n’a aucun effet démontrable sur le résultat rapporté, ne relève pas nécessairement de l’obligation d’étalonnage de la clause 6.4.6. Un chronomètre d’appoint qui n’intervient dans aucune mesure quantifiée en est un exemple courant.

Précision

Étalonnage et surveillance ne se confondent pas. Pour les équipements dont la performance peut dériver entre deux étalonnages, la clause 6.4.10 prévoit des contrôles intermédiaires réalisés selon une procédure. Ces contrôles ne remplacent pas le raccordement ; ils maintiennent la confiance dans l’étalonnage en place entre deux échéances. L’évaluateur attend les deux : un raccordement valide et, lorsqu’il est nécessaire, un dispositif documenté de contrôles intermédiaires.

Le programme d’étalonnage et la preuve par les enregistrements

Une fois les équipements critiques identifiés, la clause 6.4.7 impose un programme d’étalonnage, qui doit être revu et ajusté autant que nécessaire pour maintenir la confiance dans l’état d’étalonnage. Ce programme est la première pièce que l’évaluateur demande : il y vérifie que chaque équipement critique a une échéance, et que ces échéances sont tenues. La clause 6.4.8 ajoute que tout équipement nécessitant un étalonnage, ou ayant une période de validité définie, doit être étiqueté ou identifié pour que l’utilisateur reconnaisse immédiatement son état d’étalonnage ou sa période de validité.

La preuve documentée, elle, repose sur la clause 6.4.13, qui dresse la liste des enregistrements à conserver pour les équipements pouvant influencer les activités du laboratoire. Parmi eux, le point e) est central pour la traçabilité : les dates d’étalonnage, les résultats des étalonnages, les ajustements, les critères d’acceptation, ainsi que la date du prochain étalonnage ou l’intervalle d’étalonnage. C’est ce point e) qui relie la gestion de l’équipement à la chaîne de raccordement de la clause 6.5.

Écart fréquent en évaluation

L’inventaire des équipements existe, le programme d’étalonnage existe, mais l’incertitude de chaque raccordement n’est pas exploitée. La clause 6.5.1 impose que chaque étalonnage contribue à l’incertitude de mesure : un certificat archivé sans que son incertitude soit reportée dans le budget d’incertitude du résultat final laisse la chaîne formellement incomplète. La gestion de l’incertitude qui en découle relève de la clause 7.6 ; pour la méthode de calcul et l’usage de l’incertitude dans une déclaration de conformité, l’assistant règle de décision et déclaration de conformité détaille le raisonnement.

Le tri étant fait et les pièces de preuve connues, reste la question décisive : par quelle voie raccorder chaque équipement critique, et quel document chaque voie produit. C’est l’objet de la politique COFRAC GEN REF 10, qui structure le raccordement en trois voies distinctes.

Les trois voies de raccordement et la preuve attendue pour chacune

La clause 6.5.2 énonce les modes par lesquels les résultats deviennent traçables au Système international d’unités : un étalonnage fourni par un laboratoire compétent, des valeurs certifiées de matériaux de référence certifiés issus d’un producteur compétent, ou la réalisation directe des unités SI. En France, le COFRAC opérationnalise ce principe dans sa politique GEN REF 10, qui structure le raccordement en trois voies. Le choix de la voie ne change pas l’exigence de traçabilité ; il change la nature de la preuve que l’évaluateur attendra. C’est cette correspondance entre voie et preuve qui doit être maîtrisée.

Voie 1 : le laboratoire national de métrologie

La première voie passe par un laboratoire national de métrologie (LNM) ou un institut désigné, dont les aptitudes en matière de mesure et d’étalonnage ont fait l’objet d’une revue par les pairs sous le CIPM MRA, l’arrangement de reconnaissance mutuelle du Comité international des poids et mesures. C’est la voie la plus haute de la pyramide de raccordement. En France, le pivot est le LNE ; en Suisse, METAS. La preuve attendue est le certificat émis par le LNM, et les aptitudes couvertes sont consultables dans la base de données du BIPM, mentionnée par l’Annexe A.3.1 a).

Voie 2 : le laboratoire accrédité par un organisme signataire

La deuxième voie, la plus courante pour un laboratoire d’essais, passe par un laboratoire d’étalonnage accrédité par un organisme d’accréditation signataire d’un accord de reconnaissance mutuelle pour l’étalonnage, qu’il s’agisse de l’arrangement ILAC ou d’un accord régional reconnu par ILAC comme l’EA MLA. L’Annexe A.3.1 b) confirme que les aptitudes accréditées par un tel organisme démontrent la traçabilité métrologique. La preuve attendue est le certificat d’étalonnage portant le logo d’accréditation de l’organisme, ce qui suppose que l’étalonnage concerné figure bien dans la portée d’accréditation du prestataire. Un certificat émis par un laboratoire accrédité mais pour une grandeur hors de sa portée ne relève pas de la Voie 2.

Voie 3 : l’organisme compétent hors des voies 1 et 2

La troisième voie couvre le raccordement par un organisme compétent qui n’est ni un LNM ni un laboratoire accrédité pour l’étalonnage considéré. C’est la voie de la métrologie réalisée en interne par le laboratoire lui-même, et celle des prestataires non accrédités sur la grandeur concernée. La traçabilité n’y est pas présumée : elle doit être démontrée. La preuve attendue n’est plus un simple certificat accrédité, mais un dossier de compétence technique qui établit, conformément à l’Annexe A.2.1, la spécification du mesurande, la chaîne ininterrompue, l’évaluation de l’incertitude à chaque étape et la preuve de compétence du ou des intervenants. C’est la voie la plus exigeante à défendre en audit, et elle fait l’objet d’une section dédiée plus loin.

Tableau de correspondance voie – preuve d’audit

Voie de raccordement Source du raccordement Preuve attendue en évaluation
Voie 1 Laboratoire national de métrologie ou institut désigné, sous CIPM MRA (en France le LNE, en Suisse METAS). Certificat du LNM ; aptitude couverte vérifiable dans la base de données du BIPM (Annexe A.3.1 a).
Voie 2 Laboratoire d’étalonnage accrédité par un organisme signataire MLA/MRA étalonnage (ILAC ou accord régional reconnu, tel l’EA MLA). Certificat d’étalonnage portant le logo d’accréditation, pour une grandeur figurant dans la portée d’accréditation du prestataire.
Voie 3 Organisme compétent hors voies 1 et 2, y compris la métrologie réalisée en interne ou un prestataire non accrédité sur la grandeur. Dossier de compétence technique démontrant les cinq éléments de l’Annexe A.2.1 (mesurande, chaîne, incertitude par étape, méthodes, compétence).

GEN REF 10 renvoie pour le fond aux références techniques que tout métrologue connaît : le VIM pour le vocabulaire, le GUM pour le calcul d’incertitude, et le document EA-4/02 pour l’expression de l’incertitude en étalonnage. La hiérarchie des trois voies se lit naturellement comme une pyramide, dont chaque étage transmet la traçabilité à l’étage inférieur.

Lire un certificat d’étalonnage comme un évaluateur

Posséder un certificat ne suffit pas : encore faut-il qu’il porte ce que la chaîne exige. L’évaluateur ne lit pas un certificat d’étalonnage comme une attestation administrative, mais comme un maillon dont il vérifie qu’il transmet bien une valeur et une incertitude. Trois éléments concentrent son attention, et leur absence transforme un document apparemment valable en chaîne incomplète.

Des résultats et des incertitudes, pas seulement un verdict

Un certificat conforme rapporte les résultats de mesure et leurs incertitudes associées, parce que c’est cette incertitude qui alimente le budget d’incertitude du laboratoire utilisateur. La clause 6.5.1 le rappelle : chaque étalonnage de la chaîne contribue à l’incertitude. Un certificat qui ne porterait qu’un verdict de conformité, sans les valeurs ni les incertitudes, prive le laboratoire de l’information dont il a besoin pour propager l’incertitude. L’Annexe A.2.3 décrit précisément ce cas et le conditionne : importer des limites de spécification comme source d’incertitude n’est admis qu’à condition d’appliquer une règle de décision appropriée et de traiter ces limites de manière techniquement correcte dans le budget d’incertitude.

Le logo d’accréditation et la portée du prestataire

Pour un raccordement en Voie 2, la présence du logo d’accréditation sur le certificat n’est pas un ornement : elle signifie que l’étalonnage a été réalisé sous accréditation, donc que l’organisme accréditeur en couvre la validité. Encore faut-il que la grandeur étalonnée et son étendue figurent dans la portée d’accréditation du prestataire. Un certificat estampillé par un laboratoire accrédité, mais pour une grandeur hors de sa portée, n’apporte pas la garantie de la Voie 2 ; il bascule, au mieux, en Voie 3, avec la charge de preuve supplémentaire que cela implique.

Écart fréquent en évaluation

Le laboratoire reçoit un certificat accrédité, l’archive, et considère la traçabilité acquise. Or l’incertitude figurant sur ce certificat n’est jamais intégrée au budget d’incertitude du résultat final. La chaîne est documentée mais ne contribue pas à l’incertitude, ce qui contredit la clause 6.5.1. La lecture attentive du certificat consiste donc aussi à extraire l’incertitude et à la reporter là où elle compte.

Le rapport entre tolérance et incertitude

Le dernier réflexe de lecture consiste à confronter l’incertitude du certificat à la tolérance dont le laboratoire a besoin. Un raccordement parfaitement valide peut rester insuffisant si l’incertitude transmise est trop large au regard de l’exactitude requise par la méthode, exigence que pose la clause 6.4.5 lorsqu’elle demande un équipement capable d’atteindre l’exactitude et l’incertitude nécessaires à un résultat valide. Un certificat traçable n’est pas automatiquement un certificat suffisant : la traçabilité répond à la question du raccordement, pas à celle de l’adéquation à la mesure. Cette confrontation entre incertitude disponible et tolérance visée prépare directement la décision de conformité ; pour la calculer et la formuler sans se mettre en risque, l’assistant règle de décision et déclaration de conformité en déroule la méthode.

Cette grille de lecture vaut pour les certificats des voies 1 et 2, où la traçabilité est portée par un tiers reconnu. Restent les situations où le laboratoire ne peut s’appuyer ni sur un certificat de LNM ni sur un certificat accrédité couvrant sa grandeur : les deux cas limites qui suivent.

Cas limite 1 : quand la traçabilité au SI n’est pas techniquement possible

Toutes les grandeurs mesurées dans un laboratoire ne se rattachent pas au Système international d’unités. La norme l’anticipe avec la clause 6.5.3, qui n’est ni une dérogation ni une porte de sortie, mais un régime de preuve distinct. Aux termes de cette clause, lorsque la traçabilité métrologique au SI n’est pas techniquement possible, le laboratoire doit démontrer la traçabilité à une référence appropriée. L’obligation de démonstration reste entière ; seule la cible de la chaîne change.

Le piège

La clause 6.5.3 est parfois invoquée par confort, pour éviter un raccordement jugé coûteux ou contraignant. C’est une lecture fautive. La condition d’entrée est l’impossibilité technique, non l’inconvénient pratique. Un évaluateur attend que le laboratoire justifie pourquoi le raccordement au SI n’est pas techniquement possible avant d’accepter une référence alternative. Invoquer 6.5.3 pour une grandeur qui se raccorde normalement au SI produit un écart, pas une économie.

Les références alternatives admises

La clause 6.5.3 cite deux types de références appropriées à titre d’exemple. D’abord les valeurs certifiées de matériaux de référence certifiés fournies par un producteur compétent : c’est la voie la plus directe pour de nombreuses analyses physico-chimiques où le SI ne suffit pas à définir la grandeur d’intérêt. Ensuite les résultats de procédures de mesure de référence, de méthodes spécifiées ou d’étalons consensuels, clairement décrits et acceptés comme fournissant des résultats aptes à l’usage prévu, assurés par une comparaison appropriée. Ce second cas couvre les grandeurs définies par convention, où la référence n’est pas une unité SI mais une méthode normalisée ou un consensus international documenté.

Exemple technique

Une grandeur comme un indice mesuré par une méthode normalisée donnée, ou une propriété définie opérationnellement par le protocole de mesure lui-même, ne possède pas de raccordement direct au SI. La référence appropriée devient alors la méthode de référence et le matériau de référence certifié associé. Le laboratoire ne démontre plus une chaîne vers le mètre ou le kilogramme, mais vers une référence conventionnelle clairement décrite et acceptée, assurée par une comparaison.

La preuve attendue ne s’allège pas

Le point que les laboratoires sous-estiment est que la clause 6.5.3 ne relâche pas le niveau de preuve. Les exigences de la clause 6.5.1 et de l’Annexe A continuent de s’appliquer : la chaîne reste ininterrompue et documentée, chaque étape contribue à l’incertitude, et la référence retenue doit être clairement décrite et acceptée. Changer de référence ne dispense pas de prouver la chaîne ; cela déplace simplement le point d’arrivée de la démonstration. En audit, le laboratoire doit donc produire à la fois la justification de l’impossibilité technique et le dossier complet de raccordement à la référence alternative.

Le second cas limite est moins une question de référence que de prestataire : celui où le laboratoire réalise lui-même son raccordement, en interne, sans passer par un laboratoire d’étalonnage accrédité.

Cas limite 2 : la métrologie interne et le raccordement en Voie 3

Beaucoup de laboratoires étalonnent eux-mêmes une partie de leurs équipements, sans recourir à un laboratoire d’étalonnage accrédité. Cette métrologie interne est parfaitement admise par la norme, mais elle relève de la troisième voie de raccordement, celle où la traçabilité n’est pas présumée par un tiers reconnu et doit être démontrée par le laboratoire lui-même. C’est le point où la charge de preuve change de nature, et où les écarts d’évaluation se concentrent.

Pourquoi la métrologie interne relève le plus souvent de la Voie 3

Lorsqu’un laboratoire réalise un étalonnage en interne, il agit comme un organisme compétent au sens de la note 1 de la clause 6.5.2, qui rappelle que les laboratoires satisfaisant aux exigences de la norme sont considérés comme compétents. Mais tant que cette activité d’étalonnage interne n’est pas couverte par une accréditation, elle ne peut pas se prévaloir de la Voie 2. Elle se range donc en Voie 3, parmi les organismes compétents hors des voies 1 et 2. La métrologie interne n’est pas interdite ; elle est seulement soumise à un régime de preuve plus exigeant, parce que la confiance n’est pas portée par un accréditeur tiers.

Les cinq éléments que l’évaluateur exigera

L’Annexe A.2.1 fournit la grille exacte. Pour établir la traçabilité métrologique en interne, le laboratoire doit considérer puis assurer cinq éléments. Premièrement, la spécification du mesurande, c’est-à-dire la grandeur que l’on prétend mesurer. Deuxièmement, une chaîne ininterrompue et documentée d’étalonnages remontant à des références déclarées et appropriées, qui incluent les étalons nationaux ou internationaux et les étalons intrinsèques. Troisièmement, l’évaluation de l’incertitude de mesure pour chaque étape de la chaîne, selon des méthodes convenues. Quatrièmement, l’exécution de chaque étape selon des méthodes appropriées, avec les résultats de mesure et les incertitudes associées enregistrées. Cinquièmement, la fourniture par les intervenants de la preuve de leur compétence technique.

Écart fréquent en évaluation

Un étalon de référence interne est utilisé pour étalonner les équipements de travail, mais cet étalon de référence n’est lui-même raccordé par aucun certificat valide, ou son propre raccordement a expiré. La chaîne est alors interrompue à son sommet, et toute la métrologie interne qui en dépend devient non démontrée. La règle pratique tient en une phrase : un raccordement interne ne vaut que si l’étalon de référence sur lequel il repose est, lui, raccordé en Voie 1 ou en Voie 2.

Le traitement du biais et des contrôles intermédiaires

Un dernier point distingue une métrologie interne robuste d’un raccordement fragile. L’Annexe A.2.2 indique que l’erreur de mesure systématique, parfois appelée biais, de l’équipement étalonné doit être prise en compte pour disséminer la traçabilité aux résultats du laboratoire, plusieurs mécanismes étant disponibles pour cela. Concrètement, un laboratoire qui étalonne en interne ne se contente pas de constater un écart : il décide comment cet écart est traité, soit par correction, soit par intégration dans le budget d’incertitude. À cela s’ajoutent, lorsqu’ils sont nécessaires, les contrôles intermédiaires de la clause 6.4.10, qui maintiennent la confiance dans l’étalon de référence interne entre deux raccordements externes. C’est l’ensemble de ce dispositif que l’évaluateur examine pour conclure que la métrologie interne tient en Voie 3.

Les six étapes du parcours sont désormais en place : définir, trier, choisir la voie, lire le certificat, traiter l’impossibilité technique et défendre la métrologie interne. Reste à répondre aux questions précises que les laboratoires posent le plus souvent en préparation d’audit.

Questions fréquentes sur la traçabilité métrologique

Quelle est la différence entre étalonnage et raccordement ?
L’étalonnage est l’opération qui établit la relation entre les indications d’un instrument et des valeurs de référence, avec les incertitudes associées. Le raccordement est l’acte de relier la chaîne d’étalonnages à une référence reconnue, en général le Système international d’unités. L’étalonnage est un maillon ; le raccordement est la chaîne complète régie par la clause 6.5. Un instrument peut être étalonné par un étalon lui-même non raccordé : la chaîne est alors interrompue.
Tous mes équipements doivent-ils être raccordés ?
Non. La clause 6.4.6 limite l’obligation d’étalonnage aux équipements dont l’exactitude ou l’incertitude affecte la validité des résultats rapportés, et à ceux dont l’étalonnage est nécessaire pour établir la traçabilité métrologique. Un équipement sans effet démontrable sur le résultat final n’entre pas nécessairement dans cette obligation. Le tri repose sur l’influence sur le résultat, non sur la nature de l’instrument.
Un certificat avec le logo d’accréditation suffit-il à prouver la traçabilité ?
Le logo d’accréditation place le raccordement en Voie 2, mais à deux conditions. D’abord, la grandeur étalonnée doit figurer dans la portée d’accréditation du prestataire. Ensuite, le certificat doit porter les résultats de mesure et leurs incertitudes, car la clause 6.5.1 exige que chaque étalonnage contribue à l’incertitude. Un certificat accrédité dont l’incertitude n’est jamais reportée dans le budget d’incertitude du laboratoire laisse la chaîne formellement incomplète.
Quand puis-je invoquer la clause 6.5.3 ?
Uniquement lorsque la traçabilité au Système international d’unités n’est pas techniquement possible, et non par simple inconvénient ou coût. La condition d’entrée est l’impossibilité technique. Dans ce cas, le laboratoire démontre la traçabilité à une référence appropriée, par exemple des valeurs certifiées de matériaux de référence certifiés, ou des procédures de mesure de référence, méthodes spécifiées ou étalons consensuels clairement décrits et acceptés. Le niveau de preuve ne s’allège pas.
La métrologie interne est-elle autorisée par l’ISO 17025 ?
Oui. Un laboratoire peut réaliser ses propres étalonnages en interne. Tant que cette activité n’est pas couverte par une accréditation, elle relève de la troisième voie de raccordement, celle des organismes compétents hors des voies 1 et 2. Le laboratoire doit alors démontrer lui-même les cinq éléments de l’Annexe A.2.1, notamment la chaîne ininterrompue jusqu’à un étalon de référence lui-même raccordé en Voie 1 ou en Voie 2, et la preuve de compétence technique des intervenants.
Quels documents officiels encadrent la traçabilité en France ?
La clause 6.5 et l’Annexe A de l’ISO/IEC 17025:2017 constituent le socle normatif. En France, le COFRAC précise sa politique de raccordement dans le document GEN REF 10, qui structure les trois voies de raccordement et renvoie aux références techniques de fond : le VIM pour le vocabulaire, le GUM pour le calcul d’incertitude et le document EA-4/02 pour l’expression de l’incertitude en étalonnage. Les laboratoires nationaux de métrologie de référence sont le LNE en France et METAS en Suisse.
Faut-il prendre en compte le biais d’un étalon dans la mesure ?
Oui. L’Annexe A.2.2 indique que l’erreur de mesure systématique, parfois appelée biais, de l’équipement étalonné est prise en compte pour disséminer la traçabilité métrologique aux résultats du laboratoire, plusieurs mécanismes étant disponibles pour cela. En pratique, le laboratoire décide comment ce biais est traité, soit par correction de la valeur mesurée, soit par intégration dans le budget d’incertitude. Ignorer un biais connu est un écart, car la chaîne ne disséminerait plus correctement la traçabilité.

Visualiser la pyramide de raccordement et préparer sa preuve

La hiérarchie des trois voies se lit le plus clairement sous forme de pyramide de raccordement. Chaque étage transmet la traçabilité à l’étage inférieur, depuis la définition de l’unité jusqu’à l’équipement de travail. C’est cette pyramide que l’évaluateur reconstitue mentalement quand il remonte votre chaîne, maillon par maillon.

Définition des unités SI
BIPM, CIPM MRA

Voie 1 : laboratoire national de métrologie
LNE (France), METAS (Suisse) sous CIPM MRA

Voie 2 : laboratoire d’étalonnage accrédité
organisme signataire ILAC ou EA MLA, dans la portée

Voie 3 : organisme compétent ou métrologie interne
traçabilité démontrée selon l’Annexe A.2.1

Équipement de travail du laboratoire
résultat rapporté au client, avec incertitude

Pyramide de raccordement selon la politique COFRAC GEN REF 10. Chaque étage raccorde l’étage situé en dessous de lui.

La traçabilité ne s’arrête pas à l’arrivée du certificat : son incertitude doit ensuite être exploitée dans la décision de conformité rendue au client. Pour calculer le rapport entre tolérance et incertitude, choisir une règle de décision et formuler la déclaration de conformité sans se mettre en risque, l’outil interactif dédié déroule le raisonnement pas à pas.

OUTIL INTERACTIF MQ
Assistant règle de décision et déclaration de conformité
De l’incertitude raccordée à la déclaration de conformité conforme au paragraphe 7.8.6

L’outil est hébergé dans l’article qui lui est dédié. Cliquez pour accéder au calcul du rapport tolérance sur incertitude et à la formulation de la déclaration.

Une fois la chaîne de raccordement établie, l’incertitude transmise alimente directement la décision de conformité. L’assistant vous aide à confronter cette incertitude à la tolérance visée, à choisir la règle de décision adaptée et à rédiger une déclaration de conformité conforme aux exigences de l’ISO/IEC 17025:2017.

Ouvrir l’assistant règle de décision et déclaration de conformité

Disclaimer : cet outil est conçu comme un support d’aide à la décision, et non comme un substitut à un accompagnement personnalisé. Les résultats dépendent de la précision de vos saisies et ne constituent pas un avis professionnel.

Pour aller plus loin

Construire une chaîne de raccordement défendable suppose des procédures, un programme d’étalonnage et des enregistrements alignés sur les clauses 6.4 et 6.5. Le kit documentaire rassemble ces modèles prêts à adapter pour préparer une évaluation sur la traçabilité métrologique.

Kit documentaire ISO/IEC 17025 rassemble procédures, programmes et trames d’enregistrement conformes au référentiel.

Sources : ISO/IEC 17025:2017 (clauses 6.4, 6.5 et Annexe A) ; COFRAC, GEN REF 10 Politique de raccordement des résultats de mesure (révision 00, 01/11/2019), tools.cofrac.fr.


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À propos de l'auteur
Laurence
Consultante qualité certifiée · Management Qualité

Expert systèmes d'accréditation et qualité laboratoire. Ingénieur industriel, Master Management Qualité, spécialisé ISO/IEC 17020, 17025, 17021, 17024, 17065 et ISO 15189. Accompagne organismes d'inspection, laboratoires d'essais et de biologie médicale dans leurs démarches d'accréditation COFRAC.

Aller plus loin

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