Module 0 — Introduction à l’IATF 16949
Module 0 — Introduction à l’IATF 16949
Ce qu’est l’IATF 16949:2016, comment elle s’articule avec l’ISO 9001:2015, et le vocabulaire du secteur automobile qui commande toute la lecture du texte
L’IATF, et pourquoi l’automobile a écrit sa propre norme
L’International Automotive Task Force est un groupement de constructeurs automobiles et d’associations professionnelles nationales. Ce n’est pas un organisme de normalisation au sens de l’ISO : c’est une coalition de donneurs d’ordres qui a décidé d’harmoniser ses attentes vis-à-vis de ses fournisseurs. L’IATF 16949:2016, publiée le 1er octobre 2016, est le produit de cette décision, et elle a remplacé l’ISO/TS 16949 qui tenait ce rôle auparavant.
La raison d’être de ce texte tient en une observation simple. Un véhicule assemble plusieurs milliers de pièces provenant de centaines de fournisseurs, sur plusieurs continents, avec des cadences qui interdisent le contrôle exhaustif et des conséquences de défaillance qui vont du rappel massif à l’accident mortel. Dans ce contexte, un système qualité qui se contente de détecter les défauts ne suffit pas : il faut qu’il les empêche d’apparaître, qu’il le prouve avant le démarrage série, et qu’il tienne cette promesse pendant toute la vie du produit. C’est cette exigence de prévention démontrée que la norme traduit en clauses.
Cela explique un trait de caractère du texte qui déroute parfois ceux qui viennent de l’ISO 9001 : l’IATF est prescriptive. Elle ne se contente pas de demander un résultat, elle impose fréquemment une méthode, un livrable ou une fréquence. Là où l’ISO 9001 dit que l’organisme doit s’assurer de la conformité, l’IATF dit qu’il doit établir un plan de surveillance, réaliser une analyse du système de mesure, documenter un processus d’escalade. Ce n’est pas de la bureaucratie gratuite : chaque prescription vient d’un mode de défaillance que la filière a payé cher.
Un supplément de l’ISO 9001:2015 : la règle de lecture
Le paragraphe 1 de la norme, intitulé « Domaine d’application – Supplément automobile de l’ISO 9001:2015 », pose la règle fondamentale : l’IATF 16949 est un supplément. Elle ne redéfinit pas le système de management de la qualité, elle s’ajoute à celui de l’ISO 9001:2015. On ne peut donc pas être certifié « IATF 16949 » sans satisfaire l’intégralité de l’ISO 9001:2015 : les deux textes se lisent ensemble, et l’audit porte sur les deux.
Cette architecture a une conséquence pratique immédiate sur la façon de travailler le texte. Dans l’édition consolidée que vous avez sous les yeux, chaque clause de l’ISO 9001 est suivie, quand il y a lieu, de l’exigence automobile correspondante. Celle-ci se reconnaît à la mention « Supplément » dans son intitulé, ou à un intitulé manifestement automobile. Le paragraphe 5.1.1 « Généralités » est de l’ISO 9001 ; le paragraphe 5.1.1.1 « Responsabilité d’entreprise – Supplément » est de l’IATF. Le paragraphe 8.4.1 « Généralités » est de l’ISO 9001 ; le paragraphe 8.4.1.2 « Sélection des prestataires externes – Supplément » est de l’IATF.
Prenez l’habitude de cette lecture à deux niveaux dès maintenant : elle vous servira dans les onze modules qui suivent, et elle vous servira surtout en audit. Un auditeur IATF qui vous interroge sur la sélection de vos fournisseurs n’attend pas que vous récitiez l’ISO 9001 ; il attend les critères documentés, l’évaluation des risques et le processus d’approbation que le supplément exige nommément.
Ce que couvre la norme, et où elle s’applique
Le paragraphe 1.1 définit le périmètre : la norme s’applique à la conception, à la production et, le cas échéant, à l’assemblage, à l’installation et aux services relatifs aux applications du secteur automobile, y compris les produits comportant du logiciel embarqué. Cette mention du logiciel embarqué n’est pas anecdotique en 2016 : elle anticipe la part croissante de l’électronique dans la valeur d’un véhicule, et elle ressortira aux paragraphes 8.3.2.3 et 8.4.2.3.1.
La norme s’applique aux sites où sont fabriquées des pièces de série, des pièces de rechange ou des accessoires spécifiés par un client. Elle précise en outre qu’elle devrait s’appliquer à toute la chaîne d’approvisionnement automobile — formulation au conditionnel qui exprime une intention de filière, et qui trouve sa traduction contraignante au paragraphe 8.4.2.3, lequel oblige chaque organisme certifié à faire progresser ses propres fournisseurs vers un système conforme. C’est ainsi que l’exigence descend de rang en rang.
Deux notions de périmètre méritent d’être fixées tout de suite, parce qu’elles reviendront au module 1 et qu’elles décident de ce qui entre dans le certificat. Un « site » est un emplacement où sont mis en œuvre des processus de fabrication à valeur ajoutée. Une « fonction support » est une activité extérieure à la production qui soutient un ou plusieurs sites, et un « site distant » est l’emplacement où sont mis en œuvre des processus extérieurs à la production. La conséquence est importante : un bureau d’études, un service achats ou un laboratoire installés ailleurs que sur le site de fabrication ne sortent pas du système de management pour autant. Ils entrent dans le domaine d’application et sont audités.
Les exigences spécifiques du client, le troisième texte
Le paragraphe 3.1 définit les exigences spécifiques du client, les CSR, comme l’interprétation d’une clause de la norme par un client, ou comme des exigences supplémentaires rattachées à une clause. Autrement dit, un constructeur peut préciser la façon dont il entend telle exigence, ou en ajouter. Ces CSR ne sont pas des recommandations commerciales : le paragraphe 4.3.2 impose de les évaluer et de les intégrer au système de management de la qualité, et elles sont auditées au même titre que la norme.
Il faut donc raisonner à trois étages, et non à deux : l’ISO 9001:2015 pour la structure, l’IATF 16949 pour le supplément automobile commun à toute la filière, et les CSR pour ce que chaque client exige en propre. Un équipementier qui livre cinq constructeurs gère cinq jeux de CSR, parfois contradictoires dans leurs modalités, et doit être capable de montrer où chacune est traitée dans son système. C’est un travail de cartographie qu’il vaut mieux entreprendre tôt : le reconstituer la veille d’un audit ne fonctionne jamais.
La structure du texte et les annexes
La norme suit la structure de haut niveau commune aux normes de système de management : domaine d’application, références normatives, termes et définitions, puis sept chapitres d’exigences numérotés de 4 à 10. Le chapitre 4 traite du contexte, le 5 du leadership, le 6 de la planification, le 7 du support, le 8 de la réalisation des activités opérationnelles, le 9 de l’évaluation des performances et le 10 de l’amélioration. Le chapitre 8 concentre à lui seul près de la moitié des exigences automobiles, ce qui explique qu’il occupe quatre des douze modules de cette formation.
Le paragraphe 2 renvoie à l’ISO 9000:2015 pour les principes essentiels et le vocabulaire, et le paragraphe 2.1 précise le statut des deux annexes : l’Annexe A, consacrée au plan de surveillance, est normative, ce qui signifie qu’elle est d’application obligatoire ; l’Annexe B, bibliographie du secteur automobile, est informative. Le fond du plan de surveillance est développé au paragraphe 8.5.1.1, qui sera traité au module 8.
Le vocabulaire du secteur, et pourquoi il faut l’apprendre
Le paragraphe 3.1 donne une quarantaine de définitions propres au secteur automobile. Les parcourir n’est pas un exercice académique : ces termes sont ceux que l’auditeur emploiera, ceux que vos clients emploient dans leurs cahiers des charges, et plusieurs d’entre eux ont un sens technique précis que l’usage courant déforme. Voici ceux qui reviendront le plus souvent dans la formation.
Les démarches et les outils
L’APQP, planification avancée de la qualité, est la démarche de référence qui structure le développement d’un produit conforme aux exigences client, de la conception jusqu’à la validation de la production. Le DFM, le DFA et leur combinaison le DFMA désignent la conception orientée fabrication, assemblage, ou les deux ; le DFSS est la conception pour Six Sigma. L’analyse par arbre de défaillances est une méthode déductive qui part d’un état indésirable du système et remonte aux causes. Le processus de compromis, appuyé sur des courbes de compromis, sert à arbitrer entre deux caractéristiques de performance qui s’opposent.
Les objets de la maîtrise
Le plan de surveillance est la description documentée des systèmes et processus nécessaires pour maîtriser la production ; c’est le document central du système, et le premier que l’auditeur demandera en atelier. Le plan de réaction est la mesure prescrite dans ce plan lorsqu’un événement anormal est détecté. Une caractéristique spéciale est une caractéristique produit ou un paramètre processus pouvant affecter la sécurité, la conformité réglementaire, l’aptitude à l’emploi, la fonction ou les performances : elle impose une maîtrise renforcée sur toute la chaîne. Le dispositif anti-erreurs est la démarche employée dès la conception pour rendre le défaut impossible plutôt que détectable, et les pièces témoins, étalonnées et conformes, servent à valider que ces dispositifs fonctionnent.
Les acteurs et les situations
L’OEM est le constructeur d’équipement d’origine. L’organisme responsable de la conception est celui qui a l’autorité pour créer ou modifier une spécification produit ; la distinction commande l’application de plusieurs clauses du chapitre 8.3. L’approche pluridisciplinaire désigne la méthode consistant à recueillir les éléments d’entrée de toutes les parties concernées, y compris des clients et des fournisseurs. Le statut spécial est la notification par laquelle un client signale qu’une ou plusieurs de ses exigences ne sont pas satisfaites en raison d’un problème majeur de qualité ou de livraison ; il déclenche des obligations précises. Le processus d’escalade est celui qui fait remonter un problème au niveau compétent pour le résoudre. Le NTF, en français DNR pour défaut non reproduit, qualifie une pièce remplacée en après-vente qui se révèle conforme à l’analyse : c’est un indicateur suivi de près par les constructeurs. Le supplément de fret désigne les frais de transport engagés au-delà de ce que prévoyait le contrat, généralement pour rattraper un retard ou un défaut.
La maintenance et la production
La TPM, maintenance productive totale, est le système de maintien et d’amélioration de l’intégrité des moyens de production. La maintenance préventive regroupe les activités planifiées à intervalles réguliers pour éviter les défaillances ; la maintenance prédictive évalue l’état d’un équipement en service pour anticiper les interventions nécessaires ; la révision périodique consiste à retirer proactivement du service un équipement, sur la base de son historique de défaillances, pour le remettre en état. L’arrêt de production est l’état où les processus de fabrication sont inactifs, de quelques heures à quelques mois, et il déclenche des vérifications spécifiques au redémarrage.
Comment aborder la suite
Les onze modules qui suivent parcourent les chapitres 4 à 10 dans l’ordre du texte. Chacun explique d’abord l’intention du chapitre et ce que l’automobile y ajoute, puis reprend les exigences une par une, puis donne pour chacune ce qu’il faut faire, ce qu’il faut produire, le piège classique et la preuve que l’auditeur cherchera.
Un conseil de méthode pour finir. La tentation naturelle, devant un référentiel aussi prescriptif, est de construire un document par exigence. C’est le meilleur moyen d’obtenir un système que personne ne fait vivre et qui s’effondre au premier audit sérieux. La norme demande des processus qui fonctionnent, pas une bibliothèque : l’auditeur passera bien plus de temps en atelier, à suivre une pièce et à interroger un opérateur, que dans votre salle de réunion à feuilleter des classeurs. Écrivez ce qui sert, et faites vivre ce que vous écrivez.
Note de source : contenu établi d’après le texte officiel de l’IATF 16949:2016, première édition du 1er octobre 2016, paragraphes 1 à 3.1. Les définitions citées sont celles du paragraphe 3.1. Précision de lecture : le corps du PDF de travail numérote par erreur les titres de premier niveau (« 0 Domaine d’application », « 3 Contexte de l’organisme ») ; la numérotation officielle, reprise du sommaire et employée dans toute la formation, est 1 Domaine d’application, 2 Références normatives, 3 Termes et définitions, 4 Contexte de l’organisme. Les manuels AIAG et VDA (APQP, PPAP, AMDEC, MSA, SPC) sont cités comme outils du secteur et ne font pas partie du périmètre normatif.